jeudi 19 février 2009

Loi Hadopi: Le Rendez-vous manqué de N. Sarkozy !

Après le vote par le Sénat (à l'unanimité) du projet de loi Création et Internet en octobre dernier, la ministre de la Culture est venue mardi après-midi soutenir son projet devant la commission des lois de l'Assemblée nationale.

Sur ce dossier, la position du gouvernement est incroyablement stérile. Là où le Président Nicolas Sarkozy nous expliquait hier soir encore qu'une sortie de crise doit se faire par le haut, par l'investissement et la créativité, la loi dite hadopi est d'une incroyable arridité !

Le gouvernement très sensible aux journalistes, a décidé de consacrer 600 millions d'Euros d'aide à la Presse il y a peu. Notamment pour notamment l'accompagner dans sa mutation numérique à travers une multitude de mesures.

Mais la loi qui concerne les nombreuses industries culturelles de notre pays se limite principalement à instaurer et fixer le fonctionnement de la future Hadopi (Haute autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur Internet dont le budget prévisionnel pour 2009 est de 6,7 millions d'euros)

Pourtant le cinéma Français souffre, l'édition entre de plain-pied dans la même crise, et le monde de la musique (qui fait vivre non seulement les producteurs mais aussi les producteurs de clip, le monde du spectacle vivant, la presse musicale, intermittents musiciens, danseurs ..) se meurt avec un marché qui a chuté de 50 % en cinq ans, avec 30 % de réduction des emplois.

La loi n’est pas à la hauteur des enjeux !

Les sommes évoquées sont dérisoires pour un pays, l’un des rares pays au monde, qui a su développer son “exception culturelle” et garder une part de marché des productions locales très importante.

La loi à l’étude est principalement consacrée à l’Hadopi comme si cette dernière allait tout résoudre. Contre sens historique. Et au moins cette loi devrait, à mon sens, être accompagnée de mesures éducatives (par exemple un compte de téléchargement légal ouvert avec un ou 2 titres offerts à tous les jeunes et les adolescents sur le site légal de leur choix), de mesures d’encouragement à la recherche et au développement (par exemple encourager les dizaines de modèles numériques privés -streaming, site de souscription, plateforme originale de téléchargement - qui se développent péniblement, souvent seuls, et qui souffrent déjà du manque d’accompagnement juridique, fiscal, financier alors qu’ils représentent des pistes sérieuses pour l’avenir) et de mesures fiscales avec notamment un véritable crédit d’impôt pour aider les producteurs (envisagé dans le rapport Olivennes, il a fondu dans la loi) et un dépoussiérage et un élargissement du système des Sofica (Sociétés pour le financement de l'industrie cinématographique et audiovisuelle) qui est une belle spécificité française.

Le contexte social n’est sans doute pas favorable pour parler culture. Pourtant des millions de gens sont concernés, et là aussi, cette période de crise doit être l’occasion de sortir ces industries de la crise par le haut. En étant créatif et en encourageant la recherche. Ce que cette loi n’aborde définitivement pas !

lundi 9 février 2009

L'Europe: Fonctionnement et identité

Le fonctionnement de l’Union Européenne peut dérouter, même les plus avertis des citoyens. Pour devenir acteurs de l’Europe, nous devons écrire ensemble un projet de refondation européenne et définir des modalités de conduite de ce projet qui soient adaptées aux exigences citoyennes du monde contemporain.

Quatre grandes dates marquent l’histoire de la construction européenne contemporaine. En 1951, c’est la création de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, prélude à la signature par les 6 pays fondateurs du Traité de Rome le 25 Mars 1957. La signature de l’Acte unique Européen le 17 Février 1986, marque l’aboutissement du projet de marché unique par l’établissement de la libre circulation des travailleurs, des marchandises, des capitaux et des services. Enfin, le 7 février 1992, le Traité de Maastricht crée l’Union européenne et prévoit la mise en place de l’Euro.

A l’issue d’une construction d’abord et avant tout économique, l’Union européenne a procédé à un élargissement spectaculaire, montant son nombre d’Etats Membres à 27. Pour autant, aucune démocratisation du fonctionnement n’a été conduite. C’est toujours le Conseil Européen qui domine le triangle institutionnel. Le Parlement Européen gagne, depuis quelques années à peine, en légitimité dans le débat institutionnel et public.

Le Traité de Lisbonne établit le 13 décembre 2007 mais en attente de ratification suite au rejet Irlandais peut apporter une nouvelle dimension, plus intégrée et plus démocratique. Le périmètre des décisions du Conseil Européen s’appliquerait à 41 nouveaux domaines de politiques publiques. Les mécanismes de codécision avec le Parlement Européen seraient alors immédiatement étendus à de nouveaux enjeux tels que la politique agricole et rurale, la politique de la mer, la justice, les affaires intérieures. En attendant, il est urgent de résorber le gigantesque fossé qui sépare les citoyens des institutions européennes. Nous devons avoir le même degré de proximité avec nos représentants au niveau européen qu’avec nos élus nationaux.

Proclamer nos valeurs, affirmer notre identité, écrire ce à quoi nous croyons, montrer le chemin, imaginer à nouveau notre destin commun : ce sont aussi les exigences de la refondation du projet européen.

La dernière décennie a marqué le temps européen du doute et du repli, des fractures, des contradictions et des remises en cause. Les états européens n’ont pas su adapté leur offre politique aux inquiétudes et aux demandes des peuples, que ce soit en termes de libertés, de protection sociale ou de sécurité. Ils n’ont pas su non plus apporter des réponses sur l’état du monde, devenu inquiétant et multipolaire.

Pour « continuer l’Histoire » comme l’appelait de ses mots Hubert Védrine, il faut convenir que la remise en marche de l’Europe relève d’un élan renouvelé, d’une pensée et d’un projet réajustés. Les valeurs défendues dans ce but, la liberté, la responsabilité, la justice, la solidarité, sont toutes fondées sur la dignité de la personne humaine. Elles sont celles du Mouvement Démocrate et du Parti Démocrate Européen.

L’Europe fut et demeure un élan, une rencontre, un construit et un acquis plus qu’un absolu ou une référence. Au plan politique, le projet de fonder un État européen serait une erreur car il ne pourrait être autre chose que la réunion des nations souches qui garderaient, elles, la charge identitaire la plus ancienne et la plus forte.

Sur cette question de l’identité, il y a donc un compromis intelligent à trouver, à la fois contre les partisans d’une identité exclusive et contre les rêveurs d’une rationalité totalisante. Finalement, la réflexion sur les valeurs légitime trois priorités politiques : hâter l’Europe du droit et de la personne humaine ; installer l’Europe des savoirs et de l’éducation ; lancer l’Europe de nouveaux grands projets communs ! Retrouvons l'Europe des citoyens.

vendredi 6 février 2009

L'intervention de M. Nicolas Sarkozy

L’interview du président de la République, M. Nicolas Sarkozy souligne une chose évidente et terrible: nous n’étions pas prêts pour la crise. Même si celle-ci est soudaine et d’une rare violence, le constat est sans appel pour les dirigeants et les familles politiques qui ont exercé le pouvoir lors des 20 dernières années en France. Malgré des années de croissance et de création de richesse, le pays n’est pas armé pour un ralentissement de l’économie.

Si l’impact social à venir n’était pas si terrible, on pourrait presque sourire en pensant à la fable de Lafontaine « La Cigale, ayant chanté tout l'été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue ». Des années de mesures, de luttes et de « déterminations sans faille », de « projets complets et porteurs d’espoir », de promesses électorales ont laissé le pays sans la moindre marge de manœuvre.

Le taux d’endettement du pays était déjà alarmant avant la crise, le ralentissement de l’économie, les prévisions de croissance négative pour les trimestres à venir, le coût social de la crise (notamment les centaines de milliers de chômeurs supplémentaires à prendre en charge) sont autant de faits qui vont durablement renforcer cette situation de faiblesse et de dépendance. Les mesures à l’étude ou annoncées hier soir par le Président ne peuvent que renforcer l’inquiétude sur le taux d’endettement de la France. François Bayrou craint « Un endettement abyssal ». On ne peut que lui donner raison. Il s’agit là évidemment d’une remise en cause profonde de tout le travail qui avait été ou qui aurait dû être fait pour rendre l'État plus sobre et les comptes plus équilibrés.

M. Nicolas Sarkozy a fait le choix d’un plan de relance par l’investissement. Est-ce condamnable ? Certes non. Peut-on s’en féliciter ? Hélas non, parce qu’il ne s’accompagne pas d’un pan social qui aurait été indispensable, parce qu’il est sans cohérence avec les précédentes mesures gouvernementales et notamment avec le Grenelle de l’environnement (alors qu’il y avait là une chance historique à saisir) et qu’il s’agit d’un plan national déconnecté d’une action européenne coordonnée.

Face à la crise, comme sur tant d ‘autres sujets clés, les seules réponses nationales, sans être insignifiantes, sont insuffisantes pour répondre à l’ampleur du problème. C’est pourquoi l’idée d’un grand Emprunt européen fait sens. Cela constituerait une enveloppe dans laquelle chaque Etat Membre pourrait raisonnablement piocher pour répondre à ses urgences. Et ce serait la seule réponse qui ferait sens pour ne pas aggraver l’endettement dangeureux des Etats Membres, y compris celui de la France.
Par ailleurs, nous avons besoin d'un grand plan européen de développement durable pour favoriser l'innovation, la recherche et pour aider, pourquoi pas, au financement de la remise aux normes plus durables, notamment des bâtiments publics. C’est la proposition que le Mouvement Démocrate a mis sur la table depuis des mois, celle adoptée en partie dans le plan de relance de Barack Obama.

De surcroît, en France, alors que nous sommes en période de plans sociaux, de chômage annoncé, de restrictions de toute nature, il n’y a rien ou presque pour le quotidien, pour l'éducation, pour la santé, pour l'emploi en face des milliards injectés dans le monde financier.

Là aussi l’Europe, par une harmonisation de la fiscalité, ou par exemple, par la taxation d'un faible montant sur les transactions monétaires internationales, est seule capable de dégager des recettes qui seront bien utiles aux salariés victimes.

mercredi 28 janvier 2009

M. Bayrou : Les atteintes aux libertés se multiplient de façon inquiétante

Deux jours avant la journée de grèves et de manifestations auxquelles appelle l'ensemble des organisations syndicales, les députés devaient, mardi 27 janvier, débattre d'une motion de censure déposée par le PS. Celle-ci n'a aucune chance d'être votée, l'UMP disposant à l'Assemblée nationale d'une majorité absolue. Il n'en reste pas moins que les foyers de tension s'intensifient et que l'opposition se raidit. Dans un entretien au Monde, François Bayrou explique pourquoi il a décidé de voter la censure. Le président du Mouvement démocrate (MoDem) dénonce "la multiplication des atteintes aux principes de la séparation des pouvoirs et aux libertés publiques".

François Bayrou, pourquoi avoir décidé de voter la motion de censure contre le gouvernement présentée, mardi, par le groupe socialiste ?

Au mois de décembre 2008, j'avais proposé à plusieurs reprises le dépôt d'une motion de censure en raison des atteintes répétées à la séparation des pouvoirs et aux principes nécessaires aux libertés publiques. A l'époque, le Parti socialiste avait décidé de ne pas assumer une telle démarche. J'étais persuadé qu'il se trompait, et il revient aujourd'hui sur cette position. Il y a des moments et des situations où il faut dire haut et fort que ça ne va pas. J'ai des différences avec le texte déposé par le PS. Mais l'essentiel est qu'un acte solennel montre au pays qu'un signal d'alarme s'allume. Pour que nul ne puisse dire : nous ne savions pas. J'ai donc décidé de voter la motion de censure.

Vous vous rangez clairement dans le camp de l'opposition ?

C'est plus profond : je défends les principes républicains. Quand je pense que des décisions sont justifiées, je les soutiens. Quand je pense qu'elles sont dangereuses, je le dis. Cette liberté et cette indépendance sont les principes de ma démarche.

Dans sa motion de censure, le PS explique qu'il entend défendre une politique alternative contre la crise économique et sociale. Est-ce que vous le rejoignez sur ce point ?

Dès le mois de décembre, considérant que le plan actuel ne suffirait pas, j'ai proposé une politique de relance différente. Premièrement, je plaidais pour un grand emprunt européen de l'ordre de 3 % du PIB. Deuxièmement, je proposais une aide aux familles modestes, un livret d'épargne crise, dont le montant pourrait atteindre 1 000 euros. Enfin, je suggérais des investissements, notamment universitaires, ou en termes de réseaux. Le plan du PS est assez proche de cette architecture.

Mais d'autres idées doivent être défendues : il y a pour moi quelque chose qui n'est pas acceptable dans l'action du gouvernement. On n'arrête pas de sortir des dizaines de milliards pour les banques, mais sans exiger les contreparties qui s'imposent. Encore hier, on a annoncé qu'elles allaient recevoir 5 milliards, fléchés vers Airbus.

L'Etat ne peut pas mobiliser ces sommes astronomiques sans prendre, en contrepartie, les sièges au conseil d'administration qui doivent lui permettre d'exercer sa part de la gouvernance des établissements, de se faire entendre aussi bien pour la rémunération des dirigeants que pour le soutien au crédit. Il existe d'ailleurs, je crois, une disposition législative, en date de 1935, qui oblige l'Etat lorsqu'il atteint 10% des fonds propres d'une banque à nommer au moins deux administrateurs.

Le premier ministre, François Fillon, appelle à l'unité face à la gravité de la situation. Vous n'êtes pas sensible à cet appel ?

L'unité commence par les respects des règles républicaines qui nous font vivre ensemble. Or, aujourd'hui, il ne se passe pas de jour sans qu'on constate une atteinte au respect de ces règles, avec un président de la République qui transgresse tous les jours les principes de la séparation des pouvoirs. Le pouvoir judiciaire, le pouvoir législatif et le pouvoir médiatique sont tous les trois soumis à sa volonté de domination. C'est impossible à accepter.

Au point de justifier une motion de censure ?

Evidemment, oui. Par exemple, la décision d'accorder au président de la République le pouvoir de nommer les responsables de l'audiovisuel public et de rendre leur budget dépendant chaque année de la majorité en place crée une double dépendance. Aucune opération de diversion autour de la redevance ne peut masquer ce recul des libertés publiques.

Pourtant, au Sénat, la majorité du groupe centriste, dont son président, Michel Mercier, a voté le texte…

Certains sénateurs l'ont voté; pas ceux qui partagent mon analyse. En même temps, Nicolas Sarkozy annonce qu'il va faire sauter le seuil de concentration dans les médias. Je considère cela comme une régression : la lutte contre les concentrations est essentielle dans tout pays de liberté.

En quoi la réforme du travail législatif, qui a déclenché un tel tohu-bohu à l'Assemblée nationale, est-elle condamnable ?

Le législatif est de plus en plus soumis à l'exécutif. Avec la réforme du règlement de l'Assemblée, la liberté du Parlement et des parlementaires représentant le peuple va être encore davantage mise à mal. J'espère que le Conseil constitutionnel rappellera que le droit d'amendement de chaque parlementaire est un droit inaliénable et personnel, qui ne se délègue pas à un groupe, dans un pays où les députés sont élus personnellement par le peuple.

Même transgression des principes lorsque le président de la République va participer en tant que tel au conseil national de l'UMP, s'affirmant comme un chef de parti et portant ainsi atteinte à un principe essentiel de la fonction présidentielle, chef de l'Etat et non chef de la majorité, défenseur de notre démocratie et non pas chef de clan.

Enfin, pour ce qui est de la justice, à partir du moment où l'enquête serait confiée au parquet placé sous l'autorité hiérarchique du gouvernement, le bon vouloir de l'exécutif deviendrait souverain. Il pourra à sa guise laisser apparaître les affaires ou les dissimuler. Rien de tout cela n'est acceptable dans un Etat de droit.

La pratique du pouvoir par M. Sarkozy menace-t-elle les équilibres de la société française ?

Sans aucun doute. Les atteintes aux libertés se multiplient de façon infiniment inquiétante. Je ne veux pas me retrouver dans un pays soumis à l'arbitraire d'un seul. Il est de la responsabilité des acteurs de la vie civique d'éveiller la société. On est à un tournant.

Au début du quinquennat, certains pouvaient soutenir que ces entorses étaient seulement une question de style. Aujourd'hui, c'est une question de textes : on fait entrer dans la loi et dans les institutions des manquements qu'aucun républicain et aucun démocrate ne doit pouvoir accepter.

Propos recueillis par Patrick Roger. disponible sur Lemonde.fr

Marielle de Sarnez: «Sarkozy porte atteinte aux libertés publiques»

François Bayrou a voté, hier mardi à l'Assemblée nationale, la motion de censure déposée par le PS. C'est officiel, le MoDem est-il entré dans l'opposition?

Nous défendons des principes républicains, celui de la séparation des pouvoirs, justice-exécutif, ou encore celui de l'indépendance de l'audiovisuel public. Or nous avons le sentiment sur ces questions que Nicolas Sarkozy avec son extrême personnalisation du pouvoir porte atteinte aux libertés publiques. D'ailleurs sur ces sujets, dès le mois de décembre, François Bayrou avait soumis l'idée d'une motion de censure. Il est dans sa logique.


Mardi, il n'empêche, vous avez voté avec la gauche..

Et alors ? Nous votons en accord avec nos convictions. Au-delà des atteintes aux libertés publiques, il y a aussi ces milliards d'euros donnés aux banques sans réelles contreparties. Cette façon du gouvernement de réagir à la crise est choquante. Au minimum, dans cette période difficile, l'exécutif devait s'associer à la gouvernance des banques. Ce qui s'est fait en Grande-Bretagne et en Allemagne.


Nicolas Sarkozy, selon vous, représente-t-il un risque d'atteinte aux libertés?

Absolument. Il incarne une centralisation extrême de l'autorité. Avec lui, il n'y a pas de séparation des pouvoirs. Il ne veut pas de contre-pouvoirs. On le voit avec la suppression du juge d'instruction ou la nomination et la révocation par l'Elysée du président de l'audiovisuel public. Cela n'existe nulle part ailleurs en Europe.


Le MoDem s'associe-t-il à la grève générale lancée par tous les syndicat, jeudi?

Pour ma part, je manifesterai, comme citoyenne, et je pense que de très nombreux militants du Modem seront dans les cortèges. A l’image des Français qui vont se saisir de ce moment pour dire leur angoisse par rapport à la crise économique et sociale, mais aussi leur ras le bol. Ils veulent être respectés. Ils veulent être écoutés. Ils veulent plus de justice et plus d'équité de la part du pouvoir. Pour le moment, ce n'est pas le cas.

Partagez-vous l'exaspération des Français?
Oui. Il existe un décalage incroyable entre un pouvoir qui s'autocongratule et l'inquiétude croissante de tous les Français. Personne n'est aujourd'hui à l'abri.

Nicolas Sarkozy dit comprendre l' "inquiétude" du pays mais il ne veut pas stopper les réformes. A-t-il raison?

D’abord, il a calé sur de nombreuses réformes. Quant aux autres, elle sont souvent mal engagées, et trop souvent imposées par le sommet de l’Etat sans réel dialogue. Celle de l'Education nationale, par exemple. Au bout du compte, elle ne donne pas confiance aux enseignants et n'améliore pas le système éducatif. Ou encore celle de la suppression du juge d'instruction. Au final, la justice sera plus dépendante du pouvoir, et ceux qui auront les moyes financiers s’en sortiront mieux que les autres. Où est le progrès. Où est l’équité ?


Entre le plan de relance du gouvernement et celui du PS où est celui du MoDem?

On l'a mis sur la table il y a deux mois! C'est un plan de relance européen avec un grand emprunt de l’Union européenne, une politique de grands travaux , sans oublier une aide aux plus modestes. Reste le plus important. Dans ces temps difficiles , Il faut gouverner d'une façon juste et solidaire avec ceux qui souffrent le plus. Ce n'est pas le cas depuis dix-huit mois.

Eric Besson à la direction de l'UMP, est-ce une preuve d'ouverture de la part du parti du président?

Cela démontre au contraire les limites de l’ouverture version UMP ! Je constate d’ailleurs que Nicolas Sarkozy non content d'avoir les pleins pouvoirs sur la politique française ne veut rien lâcher de son emprise sur le parti qui l'a mené à l'Elysée. Il va même jusqu'à participer au conseil national de son parti! Aucun président de la République ne l'avait fait jusqu'à présent. Ce n'est pas la conception que je me fais de la fonction.


Question incontournable: est-il normal qu'au XXI° siècle, en France, une tempête de vent plonge le quart de la France, le Sud-Ouest, dans la pagaille la plus complète? Ni eau, ni électricité...

Non. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi en France on ne fait pas comme dans les autres pays européens l'enfouissement des lignes électriques. On est franchement en retard et ce n'est pas seulement une question de budget.

leparisien.fr

lundi 19 janvier 2009

Gaza

Toute position raisonnable dans cette nouvelle phase de conflit fait que l’on ne peut que condamner Hamas d’avoir tiré et de tirer des roquettes sur Israël et sa population. Et l’on ne peut que condamner Israël pour la violence de sa riposte, le non-respect de la vie de centaines de civils, des hôpitaux et des bâtiments officiels de la presse ou de l’ONU.

Au moment où les Européens, avec le président Egyptien, finalisent un plan de paix, au moment où enfin Israël et le hamas déclarent vouloir mettre un terme à cette période armée, on ne peut que constater que tout cela est un énorme gâchis qui continue.

À ce jour et devant l’histoire, il n’y a aucun vainqueur. Et Sûrement la violence en réponse à la violence n’engendrera aucun vainqueur. À coup sûr la victoire sera commune ou ne sera pas.

Pourtant tout est assez lisible. Hamas a entamé une agression à un moment ou les Etats-unis sont en pleine transition politique et donc peu à même de réagir. Hamas a attaqué à un moment où il est important pour lui de déstabiliser le pouvoir palestinien en place. Et Israël qui ne voulait pourtant pas accorder au hamas une reconnaissance politique, a sans doute obtenu l’effet inverse en obligeant le monde à discuter, même indirectement, avec lui. Et ainsi le hamas qui puise sa force dans la fragilité des victimes et dans le culte du martyr sort sûrement renforcé de ce conflit.

Israël voulait démontrer sa force de persuasion militaire. L’objectif est-il atteint ?
Israël voulait interdire l’utilisation des tunnels soupçonnés de servir à l’arrivée des armes du hamas, seule une moitié semble condamnée. Pour combien de temps ?
Israël voulait arrêter le tir de roquettes et il n’a jamais cessé.

La seule leçon à tirer, qui n’est sûrement pas nouvelle, est qu’il faudrait réduire à néant le pouvoir des extrémistes palestiniens, trop souvent à l’origine de ces conflits. Et pour ce faire existe-t-il d’autres solutions que d’offrir aux populations palestiniennes des conditions de vie respectables ? Peut-on envisager que les haines s’atténuent avec des approvisionnements limités en alimentation et en médicament et une telle pauvreté ?

Puisque voilà maintenant 10 ans ou presque que la reconnaissance mutuelle des états Palestiniens et Israélien semble possible, la prochaine étape n’est-elle pas d’aider les populations de la bande de Gaza à retrouver dignité à travers des conditions de vie acceptables ? Cela priverait les extrémistes de leurs arguments premiers.

Fort à parier que cette proposition ne soit pas du goût d’Israël, pour des bonnes raisons de sécurité des populations. C’est pourtant dans cette voie et avec toutes les garanties nécessaires fournies à Israël que le monde doit travailler, et notamment les Etas-Unis, son allié historique, à qui Israël demandera forcément toutes les garanties avant toute initiative.

L’histoire nous démontre que l’irrespect mutuel n’a jamais été une garantie de paix.
Sur cette valeur là aussi Barack Obama devra démontrer rapidement sa capacité à mettre une nouvelle énergie en marche.

dimanche 11 janvier 2009

Christine

Il y a 3 jours, Madame Christine Boutin, Ministre du logement, est allée au Danemark pour étudier la façon dont ce pays répond aux problèmes d'urgence de logement et d'accompagnement des SDF.

Le Danemark a su développer et apporter des réponses concrètes: petites structures d'accueil, non ghéttoisées, où le minimum de confort, de sécurité et de dignité est assuré à chacun. Le pays a aussi développé des consignes pour garder et sécuriser les affaires des SDF. Il assure enfin un suivi personnalisé, via une identification, de chaque personne ayant besoin d'aide.

Accompagnée de Xavier Emmanuelli, président du Samu social, Alain Duchêne, président de l'Armée du Salut, Charles Gazeau, président de l'association des cités du Secours Catholique et du psychiatre Alain Mercuel, Mme Boutin a visité un parc de "maisons atypiques" et un "café de nuit".

Et ce que Madame Boutin, souvent volontaire dans son action, en a seulement retenu, est qu'il faut "lancer d'ici juin un recensement des sans-abri en France".

Cela ne peut manquer de surprendre.
D'abord parce que recenser veut forcément dire "ficher" et que l'on sait trop en France ce qu'un fichier, toujours sous-couvert de bonnes intentions, devient. La polémique va donc être inévitable.
Ensuite comme l'a exprimé Marielle De Sarnez, Vice-présidente du Mouvement Démocrate: "Ce contrôle serait effectué par les associations de soutien aux sans-abri dont ce n'est en aucun cas le rôle. La proposition est en outre dilatoire, parce qu'elle ne fait que retarder la mise en oeuvre des véritables réponses en matière d'hébergement pour les sans domicile fixe".

Or il y a bien évidement une immense urgence. Et c'est l'autre point très choquant pour moi: le timing du ministre.

On peut concevoir qu'obtenir des effets sur une politique de logement et d'habitation soit long. Que le gouvernement actuel ne soit pas seul responsable du retard accumulé depuis 20 ans dans la construction de logement sociaux est une évidence (il est par contre totalement coupable de prolonger cette attitude !). Mais il a déjà fallu attendre le 15 Novembre cette année encore et les premiers froids, pour voir le gouvernement s'agiter et essayer de trouver les réponses aux problèmes de logement d'urgence. Et il aura donc fallu attendre le 10 janvier 2009 pour voir notre ministre s'inquiéter du nombre de SDF en France !

C'est très choquant de travailler ainsi.
Attendre la mi-janvier pour que Madame Christine Boutin s'interroge sur le nombre de SDF en France parait indécent.

D'abord parce que cette question est essentielle: Quand on cherche une solution à un problème il faut quantifier le problème. C'est le B.A-ba de tout. Ensuite, et sans ironie, cela prouve que le gouvernement est loin d'avoir pris toute la mesure du problème et ignore même le nombre et le type d'actions nécessaires pour y faire face.

Je ne doute pas que le sujet des Sans Domicile Fixe est extrêmement complexe à régler et nécessite des réponses variées.
Mais il est urgent de laisser tomber les postures politiques et les déclarations inutiles pour aborder ce dossier avec courage et volonté politique, mais aussi avec humilité et pragmatisme.

Car la principale réponse ne peut être qu'une réponse de proximité.

Autrefois chacun avait (selon l'expression de l'époque) "ses pauvres" et les aidait, échangeait avec eux. Mais le changement de style de vie a entraîné sur ce point une déshumanisation des rapports.
Ici, comme sur d'autres sujets, il est important remettre la dignité humaine et la considération de chacun au centre des solutions. C'est ce que le tissu associatif exceptionnel qui agit en France grâce à des milliers de bénévoles a très bien réussi.

Il faut là reconnaître que devant ce qui a été la démission ou la faillite du pouvoir exécutif, seules les associations ont su créer le tissu social, le maillage, la proximité pour connaître, identifier et s'occuper des plus démunis et ont, en plus, déjà identifié et testé de nombreuses solutions.

Si la volonté politique est là c'est évidement chez elles que l'on pourrait repérer, lister et promouvoir les réponses qui font sens.

De plus, ne pourrait-on pas étudier avec ces associations d'éventuels "contrats de partenariat avec l'état" qui permettraient d'accentuer les actions et leur donneraient plus de moyens et de reconnaissance ? Cela pourrait ainsi offrir concrètement une chance aux solutions les plus efficaces de s'appliquer avec succès et avec humanisme sur des sujets aussi brûlants que les Sdf, les logements d'urgence, l'accompagnement et la réinsertion ?

Qu'année après année le gouvernement s'engage dans des annonces et des lois sans lendemain et sans effet est désespérant. Il existe pourtant des solutions.

Et si, Madame Boutin, vous consacriez votre été 2009 à les étudier et les mettre en place pour que, dès le début de l'hiver prochain, vous sachiez combien de SDF sont convenablement abrités en France?