L’interview du président de la République, M. Nicolas Sarkozy souligne une chose évidente et terrible: nous n’étions pas prêts pour la crise. Même si celle-ci est soudaine et d’une rare violence, le constat est sans appel pour les dirigeants et les familles politiques qui ont exercé le pouvoir lors des 20 dernières années en France. Malgré des années de croissance et de création de richesse, le pays n’est pas armé pour un ralentissement de l’économie.
Si l’impact social à venir n’était pas si terrible, on pourrait presque sourire en pensant à la fable de Lafontaine « La Cigale, ayant chanté tout l'été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue ». Des années de mesures, de luttes et de « déterminations sans faille », de « projets complets et porteurs d’espoir », de promesses électorales ont laissé le pays sans la moindre marge de manœuvre.
Le taux d’endettement du pays était déjà alarmant avant la crise, le ralentissement de l’économie, les prévisions de croissance négative pour les trimestres à venir, le coût social de la crise (notamment les centaines de milliers de chômeurs supplémentaires à prendre en charge) sont autant de faits qui vont durablement renforcer cette situation de faiblesse et de dépendance. Les mesures à l’étude ou annoncées hier soir par le Président ne peuvent que renforcer l’inquiétude sur le taux d’endettement de la France. François Bayrou craint « Un endettement abyssal ». On ne peut que lui donner raison. Il s’agit là évidemment d’une remise en cause profonde de tout le travail qui avait été ou qui aurait dû être fait pour rendre l'État plus sobre et les comptes plus équilibrés.
M. Nicolas Sarkozy a fait le choix d’un plan de relance par l’investissement. Est-ce condamnable ? Certes non. Peut-on s’en féliciter ? Hélas non, parce qu’il ne s’accompagne pas d’un pan social qui aurait été indispensable, parce qu’il est sans cohérence avec les précédentes mesures gouvernementales et notamment avec le Grenelle de l’environnement (alors qu’il y avait là une chance historique à saisir) et qu’il s’agit d’un plan national déconnecté d’une action européenne coordonnée.
Face à la crise, comme sur tant d ‘autres sujets clés, les seules réponses nationales, sans être insignifiantes, sont insuffisantes pour répondre à l’ampleur du problème. C’est pourquoi l’idée d’un grand Emprunt européen fait sens. Cela constituerait une enveloppe dans laquelle chaque Etat Membre pourrait raisonnablement piocher pour répondre à ses urgences. Et ce serait la seule réponse qui ferait sens pour ne pas aggraver l’endettement dangeureux des Etats Membres, y compris celui de la France.
Par ailleurs, nous avons besoin d'un grand plan européen de développement durable pour favoriser l'innovation, la recherche et pour aider, pourquoi pas, au financement de la remise aux normes plus durables, notamment des bâtiments publics. C’est la proposition que le Mouvement Démocrate a mis sur la table depuis des mois, celle adoptée en partie dans le plan de relance de Barack Obama.
De surcroît, en France, alors que nous sommes en période de plans sociaux, de chômage annoncé, de restrictions de toute nature, il n’y a rien ou presque pour le quotidien, pour l'éducation, pour la santé, pour l'emploi en face des milliards injectés dans le monde financier.
Là aussi l’Europe, par une harmonisation de la fiscalité, ou par exemple, par la taxation d'un faible montant sur les transactions monétaires internationales, est seule capable de dégager des recettes qui seront bien utiles aux salariés victimes.
vendredi 6 février 2009
L'intervention de M. Nicolas Sarkozy
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