Il y a 3 jours, Madame Christine Boutin, Ministre du logement, est allée au Danemark pour étudier la façon dont ce pays répond aux problèmes d'urgence de logement et d'accompagnement des SDF.
Le Danemark a su développer et apporter des réponses concrètes: petites structures d'accueil, non ghéttoisées, où le minimum de confort, de sécurité et de dignité est assuré à chacun. Le pays a aussi développé des consignes pour garder et sécuriser les affaires des SDF. Il assure enfin un suivi personnalisé, via une identification, de chaque personne ayant besoin d'aide.
Accompagnée de Xavier Emmanuelli, président du Samu social, Alain Duchêne, président de l'Armée du Salut, Charles Gazeau, président de l'association des cités du Secours Catholique et du psychiatre Alain Mercuel, Mme Boutin a visité un parc de "maisons atypiques" et un "café de nuit".
Et ce que Madame Boutin, souvent volontaire dans son action, en a seulement retenu, est qu'il faut "lancer d'ici juin un recensement des sans-abri en France".
Cela ne peut manquer de surprendre.
D'abord parce que recenser veut forcément dire "ficher" et que l'on sait trop en France ce qu'un fichier, toujours sous-couvert de bonnes intentions, devient. La polémique va donc être inévitable.
Ensuite comme l'a exprimé Marielle De Sarnez, Vice-présidente du Mouvement Démocrate: "Ce contrôle serait effectué par les associations de soutien aux sans-abri dont ce n'est en aucun cas le rôle. La proposition est en outre dilatoire, parce qu'elle ne fait que retarder la mise en oeuvre des véritables réponses en matière d'hébergement pour les sans domicile fixe".
Or il y a bien évidement une immense urgence. Et c'est l'autre point très choquant pour moi: le timing du ministre.
On peut concevoir qu'obtenir des effets sur une politique de logement et d'habitation soit long. Que le gouvernement actuel ne soit pas seul responsable du retard accumulé depuis 20 ans dans la construction de logement sociaux est une évidence (il est par contre totalement coupable de prolonger cette attitude !). Mais il a déjà fallu attendre le 15 Novembre cette année encore et les premiers froids, pour voir le gouvernement s'agiter et essayer de trouver les réponses aux problèmes de logement d'urgence. Et il aura donc fallu attendre le 10 janvier 2009 pour voir notre ministre s'inquiéter du nombre de SDF en France !
C'est très choquant de travailler ainsi.
Attendre la mi-janvier pour que Madame Christine Boutin s'interroge sur le nombre de SDF en France parait indécent.
D'abord parce que cette question est essentielle: Quand on cherche une solution à un problème il faut quantifier le problème. C'est le B.A-ba de tout. Ensuite, et sans ironie, cela prouve que le gouvernement est loin d'avoir pris toute la mesure du problème et ignore même le nombre et le type d'actions nécessaires pour y faire face.
Je ne doute pas que le sujet des Sans Domicile Fixe est extrêmement complexe à régler et nécessite des réponses variées.
Mais il est urgent de laisser tomber les postures politiques et les déclarations inutiles pour aborder ce dossier avec courage et volonté politique, mais aussi avec humilité et pragmatisme.
Car la principale réponse ne peut être qu'une réponse de proximité.
Autrefois chacun avait (selon l'expression de l'époque) "ses pauvres" et les aidait, échangeait avec eux. Mais le changement de style de vie a entraîné sur ce point une déshumanisation des rapports.
Ici, comme sur d'autres sujets, il est important remettre la dignité humaine et la considération de chacun au centre des solutions. C'est ce que le tissu associatif exceptionnel qui agit en France grâce à des milliers de bénévoles a très bien réussi.
Il faut là reconnaître que devant ce qui a été la démission ou la faillite du pouvoir exécutif, seules les associations ont su créer le tissu social, le maillage, la proximité pour connaître, identifier et s'occuper des plus démunis et ont, en plus, déjà identifié et testé de nombreuses solutions.
Si la volonté politique est là c'est évidement chez elles que l'on pourrait repérer, lister et promouvoir les réponses qui font sens.
De plus, ne pourrait-on pas étudier avec ces associations d'éventuels "contrats de partenariat avec l'état" qui permettraient d'accentuer les actions et leur donneraient plus de moyens et de reconnaissance ? Cela pourrait ainsi offrir concrètement une chance aux solutions les plus efficaces de s'appliquer avec succès et avec humanisme sur des sujets aussi brûlants que les Sdf, les logements d'urgence, l'accompagnement et la réinsertion ?
Qu'année après année le gouvernement s'engage dans des annonces et des lois sans lendemain et sans effet est désespérant. Il existe pourtant des solutions.
Et si, Madame Boutin, vous consacriez votre été 2009 à les étudier et les mettre en place pour que, dès le début de l'hiver prochain, vous sachiez combien de SDF sont convenablement abrités en France?
dimanche 11 janvier 2009
Inscription à :
Articles (Atom)

